[...] Cette défaite [au premier tour de l'Euro 2004] semble être de mauvais augure. Le commentateur sportif de la chaîne de télévision ARD a, quant à lui, constaté avec amertume que "la paralysie" dont a fait preuve l'équipe allemande est apparemment "une qualité spécifiquement allemande". Une allusion à l'impossibilité de réformer ce pays, qui fut pendant un demi-siècle le moteur économique de l'Europe. Depuis la victoire en Coupe du monde à Berne en 1954, les Allemands sont persuadés que le destin de leur pays est intimement lié au succès de son équipe de football. Lors du dernier Mondial, certains analystes avançaient même l'idée que si la "Mannschaft" allait en finale, Gerhard Schröder serait réélu. Ce qui fut le cas... Cette fois, tous les indicateurs étaient au rouge. Le SPD est au plus bas, l'économie ne se relève pas et 67 % des Allemands estimaient que l'équipe nationale n'avait aucune chance d'aller en quart de finale.
Déprime. Dès le mois de mai, Ottmar Hitzfeld, ancien entraîneur de Borussia Dortmund, viré du Bayern Munich, a fait savoir qu'il était prêt à prendre la relève en cas d'échec national au Portugal. Plusieurs commentateurs se montraient sceptiques. La déprime généralisée qui a gagné l'Allemagne depuis deux ans rend délicate la recherche d'un nouveau sélectionneur. Car tout l'avenir de la nation est en jeu. Un échec de l'équipe d'Allemagne à domicile en 2006 serait vécu comme une véritable tragédie.

Libération, 25.06.2004